Dans un grand entretien publié dans le numéro 13 de la revue Charles, consacré au couple « Justice & Politique », l’avocat et ministre de François Mitterrand revient sur ses soixante années de barreau. Extraits.


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Durant votre carrière d’avocat,  vous avez défendu des causes : l’Algérie indépendante avec les porteurs de valises, la liberté de la presse avec Le Canard enchaîné, l’antisémitisme avec le procès Barbie, et puis là, avec Gbagbo, avec Kadhafi,  vous défendez aussi des hommes qui ont commis des crimes. Vous le faites parce que tout le monde a le droit à une défense ?

Oui. Mais c’est pas parce qu’on défend quelqu’un qu’on épouse ses thèses. Et qu’en lui touchant la main, on est pestiféré.


Je suis d’accord, mais est-ce qu’il n’y a pas une évolution dans votre carrière où jusqu’alors vous ne défendiez que des gens dont...

Vous voulez dire qu’ils étaient plus fréquentables que les derniers ?

Disons que oui, j’avais l’impression que jusqu’alors, vous étiez toujours dans le camp qui vous convenait le plus d’un point de vue éthique.

J’ai choisi les causes qui valaient la peine. Sans me renier moi. Sans aller jusqu’aux excès, parce qu’il y avait des excès, avec Vergès qui épousait les « théories » des gens qu’ils défendaient. J’ai considéré que tous les gens à un moment avaient le droit d’être défendus, qu’il y avait des causes valables, qu’il y avait des choses qui devaient être dites, notamment lors du procès Gbabgo, où il fallait dire que l’armée française a ouvert les portes aux gardes d’Ouattara.


En 1977, dans une interview à « Apostrophes »,  vous disiez : « Moi, je ne pourrais jamais défendre Jean-Marie Le Pen. »

Ça, c’était à l’époque, mais je crois que je le redirais. Tout ce qui touche à la guerre, l’Occupation, les massacres, la mort de mon père dans cet ensemble, je ne peux pas trahir ça. Par exemple, je ne pourrais pas plaider pour Faurisson. Ce que j’ai refusé de faire. Parce que bon, je trouve qu’il déraillait complètement, je pense qu’effectivement, il y avait des camps d’extermination, toute la démonstration qu’ils veulent faire, qu’ils la fassent, mais ce n’est pas mon sujet. Si vous voulez, la guerre à laquelle j’ai participé… de loin, par rapport à mon père (Georges Dumas était membre de l’Armée secrète et chef régional du Noyautage des administrations publiques – NDLR), c’est rien. J’ai vu mon père pleurer, le jour de la Seconde Guerre mondiale, en disant : « Il a fallu que je vois deux guerres dans ma vie. » C’est quand même incroyable. Et bien tout ça, c’est sacré. Je ne veux pas y toucher, c’est tout. Que d’autres le fassent.


L'intégralité de cet entretien est à lire dans Charles n°13, "Justice & Politique", avril 2015


Propos recueillis par Alexandre Chabert

Portrait : Arnaud Meyer


 

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