cresson_charles.jpgMitterrandienne depuis 1965, Édith Cresson a gravi tous les échelons de la politique jusqu’à devenir la première femme à occuper Matignon. Elle raconte cependant dans cet extrait que c’est Laurent Fabius qui a composé son gouvernement. Extrait de son entretien publié dans le seizième numéro de la revue Charles, qui consacre un grand dossier à François Mitterrand. 




Est-il vrai qu’en 1991, vous avez d’abord refusé Matignon car vous visiez Bercy ?

Je ne visais rien du tout ! Dans la vie politique, les gens sont habitués à viser quelque chose, mais souvent ils ne l’obtiennent pas. Ils ne vivent d’ailleurs que pour ça! Ils sont concentrés et se disent : « Comment vais-je faire pour arriver à cela ? » François Mitterrand me fait venir deux fois dans son bureau sans rien me dire, excepté des généralités. La troisième fois, il me dit : « J’ai pensé à vous pour que vous remplaciez Michel Rocard. » Sur le coup, je lui réponds : « Cela ne m’intéresse pas du tout. Je n’en ai pas envie. » Il insiste beaucoup. Alors, au cours de la discussion, je lui dis : « Si vous voulez me mettre quelque part, nommez-moi à Bercy car il y a tout à y faire ! Le vrai pouvoir est là. » Cela est toujours vrai aujourd’hui : le ministère de l’Économie et des Finances tient le pouvoir. Il mène une politique restrictive qui fait rentrer beaucoup d’argent sans investir là où il faut. Pierre Bérégovoy est déjà ministre d’État, ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie sous Michel Rocard et il le reste quand je deviens Premier ministre. Il est soutenu par Laurent Fabius, qui a un pouvoir énorme sur François Mitterrand, et qui lui fait faire à peu près tout ce qu’il veut.

 

Voulez-vous dire que c’est Laurent Fabius qui a composé votre gouvernement ?

Naturellement ! Quand je vais voir François Mitterrand à l’Élysée, il a un petit papier sur lequel il a recopié des noms donnés par Laurent Fabius. Il me dit : « Vous devriez prendre une petite Beur. Il y en a une qui est très bien et qui s’appelle Kofi Yamgnane. » Quand je sors de son bureau, on me dit : « Kofi Yamgnane n’est pas une petite Beur. C’est un homme et il est Noir. » Je réponds : « Ce n’est pas grave, je le prends quand même. » (Kofi Yamgnane sera secrétaire d’État aux Affaires sociales et à l’Intégration – NDLR). Moi, je veux faire entrer Dominique Strauss-Kahn que je trouve très intelligent sur le plan économique après l’avoir écouté lors de conférences au Parti socialiste. Il est très pertinent et détonne par rapport aux clones de Bercy. Je veux donc le nommer à la tête de Bercy, mais François Mitterrand ne veut pas. Je l’ai nommé ministre délégué à l’Industrie et au Commerce extérieur.

 

Propos recueillis par César Armand - Portraits Patrice Normand

 

L’intégralité de l’entretien est à lire dans Charles n°16, « Le Roman Mitterrand », janvier 2016. 


COMMANDER AUTRES NUMEROS S'ABONNER  LE SITE DE LA REVUE CHARLES