Dans un entretien publié dans le numéro 20 de la Revue Charles (en kiosque et en librairie le mercredi 11 janvier) qui consacre un dossier à la gauche révolutionnaire, l'économiste Frédéric Lordon promet que Nuit débout, dont il a été l'un des initiateurs, aura été "l'ultime tentative de soulèvement gentil". Extrait. 


lordonxxx.jpgEn lisant vos dernières interventions, j’ai eu l’impression que vous n’étiez pas intéressé par les élections de 2017, que vous souhaitiez presque les enjamber.

Nuit debout a été le symptôme de l’échec du système institutionnel contemporain, dont on nous propose un nouveau tour de manège en 2017. Ce système est mort, et les gens qui s’y agitent sont des morts-vivants. On voudrait leur dire de faire attention tout de même, parce qu’il est minuit moins cinq. Il ne faudra pas s’étonner qu’il y ait des éruptions de violence. La violence est le dernier recours lorsque le système, aveugle et verrouillé, ne parle plus à personne et devient radicalement incapable de proposer la moindre solution institutionnelle de transformation à froid. Nous y sommes. Nuit debout devrait être tenue comme l’ultime tentative de soulèvement gentil avant que les gens n’en viennent à d’autres procédés. Si les éditorialistes avaient deux sous de jugeote, ils auraient fait ce diagnostic. Mais comment pourraient-ils avoir la moindre lueur de solution ? Ils sont eux-mêmes une partie du problème. En tout cas, voilà que pour la première fois dans l’histoire politique de la vème République, on commence à entendre des appels à ce que la présidentielle ne se tienne pas – et c’est probablement la chose la plus intelligente qui se dise dans cette « campagne ». Quel formidable symptôme ! Car il faut bien voir tout ce que l’institution de la présidentielle a pour elle : la force anthropologique de l’incarnation, les comédies du charisme et de la « rencontre avec le peuple », etc. Et tout ça est en train de trembler sur ses bases.

Et pourtant, Emmanuel Macron est précisément en train de percer en jouant sur le ressort de l’incarnation. Cela semble contredire votre théorie.

Je ne crois pas qu’on puisse reconnaître le moindre caractère de preuve à une imposture pareille. Il n’y a que les médias pour ne pas apercevoir que la revendication antisystème du pur produit du système est un motif de bouffonnerie universelle. Il faut être éditorialiste ou sondeur pour croire qu’il se passe quelque chose politiquement avec Macron. On est là vraiment dans les spasmes terminaux d’une époque dont les insiders pressentent confusément la fin et cherchent avec angoisse de quoi la repousser. Évidemment, à leurs yeux, Macron a tout de la solution parfaite : la nouveauté en toc mais qui ne change rien au fond. C’est-à-dire, évidemment, la non-solution parfaite, qui reconduit – en la portant à un plus haut point – la tare majeure dont le système est en train de périr : l’indifférenciation gestionnaire de la droite et de la gauche.

Propos recueillis par Jean-Baptiste Daoulas. Photo : Patrice Normand

L'intégralité de l'entretien avec Frédéric Lordon est à lire dans Charles n°20, La Gauche révolutionnaire, Hiver 2017

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