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Dans un entretien publié dans le numéro 21 de la Revue Charles(en kiosque et en librairie le mercredi 5 avril) qui consacre un dossier aux relations entre politique et religions, Jean-François Copé revient sur son enfance et son rapport à sa judéité. Extraits. 


Vous souvenez-vous d’un moment précis de votre enfance où vous prenez conscience que vous avez une religion ?

Non. Pour une raison très simple qui a trait à l’histoire de ma famille. Je n’ai jamais reçu d’éducation religieuse. La première image de la religion que j’ai eue était une image de mort, celle de la Shoah et de la déportation. Dès mon enfance, c’est quelque chose que j’ai perçu de manière extrêmement violente. Ensuite, quand je suis devenu adolescent, je suis entré dans une construction morale et intellectuelle plus approfondie de la question religieuse et j’ai fait moi-même le choix de ne pas être religieux.

Votre identité juive a-t-elle compté dans votre engagement politique ?

Ce n’est pas mon identité par rapport à la religion juive, c’est mon identité par rapport à mon histoire familiale. C’est plus fort encore qu’une religion. J’ai été élevé dans l’idée qu’on devait rendre à la France ce qu’elle nous avait donné, parce qu’un couple de Français a sauvé une famille française au péril de sa propre vie, et de celle de ses enfants, dans un contexte où elle n’avait aucune raison objective de le faire (La famille Copé a été cachée et sauvée par une famille française d’Aubusson, alors qu’elle était traquée par les nazis, en octobre 1943 – NDLR). Et pour moi, servir la France, c’était s’engager en politique.

Vous n’avez jamais été victime d’antisémitisme durant votre jeunesse ?

Jamais.

Et plus tard ?

Non. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas. Je ne suis pas dupe. Je peux même imaginer que dans les moments très difficiles que j’ai vécus, il y ait eu des petites tentations de se dire : « Et en plus, il est juif. » Il y a eu cette épouvantable phrase de Franz-Olivier Giesbert : « Copé va disparaître dans les égouts, c’est sa place. » Il a dit cela à la télévision, le jour de ma démission de la présidence de l’UMP, le 27 mai 2014. Cela a été pour moi une phrase terrible.

Est-ce une phrase antisémite ?

En tout cas, moi je l’ai vécue comme une insulte infâme, parce que les égouts abritent les rats. Dans l’imaginaire, dans des propagandes qui ont pu exister à certains moments de notre histoire, les rats étaient la représentation des Juifs

 

Propos recueillis par Astrid de Villaines. Photo : Samuel Guigues

L'intégralité de l'entretien avec Jean-François Copé est à lire dans Charles n°21, Politique & Religions, Printemps 2017

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