Le n°25 de la revue Schnock consacre un grand dossier de plus de 60 pages à Renaud. Extrait d'un entretien inédit où le chanteur évoque les artistes qui l'ont marqué.   

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Dans « Mon bistro préféré », vous citez Coluche, accompagné de plusieurs de « vos morts » : Jacques Rigaut, Franquin, Brassens, Ronet…

J’ai mélangé les gens qui m’ont bercé, qui ont fait partie de ma culture et de mon éducation, que j’ai infiniment aimés, que j’aime encore et que je relis régulièrement. Jacques Rigaut n’est pas le plus connu, mais c’est un surréaliste que j’ai découvert à l’âge de 16 ans, qui s’est suicidé à une trentaine d’années, qui a inspiré à Drieu La Rochelle le personnage de Gonzague dans Le Feu follet. Tous les personnages que j’ai aimés depuis ma naissance ont disparu, que ce soit ceux que je n’ai pas connus personnellement, mais dont j’ai connu les œuvres, comme Prévert, Rimbaud, Verlaine, Maupassant, Boris Vian, Michel Audiard, ou ceux que j’ai eu la chance et le privilège de connaître personnellement, avec lesquels j’ai eu des relations au moins amicales, si ce n’est fraternelles, comme Desproges, Coluche, Robert Doisneau, Frédéric Dard, Patrick Dewaere, Alphonse Boudard, Jean-Pierre Chabrol. Quand on m’a proposé de bosser avec Doisneau, j’ai eu l’impression de bosser avec un ressuscité, puisque je le pensais mort depuis vingt ans. C’est un personnage tellement humble et discret qu’il ne faisait plus parler de lui. Je l’ai rencontré et je suis tout de suite tombé sous le charme de ce petit bonhomme formidable d’une gentillesse, d’une intelligence, d’une culture, une gouaille ! À un moment, on parlait de voyage, et il me disait : « Oh,moi, j’aime bien le train, mais je ne me déplace pas beaucoupen aéroplane. » Il citait encore des mots des années 50 pour parler d’un 747. On a fait une première série de photos pour cette sortie d’album dans un froid polaire dans le XIVème arrondissement de Paris. On était tous les deux des enfants du XIVème, donc on connaissait des endroits, des petites rues. Lui était embarrassé et handicapé, avec ses doigts complètement gelés, il n’arrivait pas à faire les réglages de son Leica. Moi, j’étais transi de froid, donc j’avais le visage crispé. Il fait partie des gens qui me manquent infiniment. Je reprends la définition de René Fallet, qui disait : « Les heures passées au bord de l’eauseront à déduire de celles que nous passerons au paradis. »


Dans cette chanson, vous évoquez également Brassens.


Je regrette qu’il ait disparu avant d’entendre « Mistral gagnant ». C’est très mégalo de ma part, mais j’aurais aimé qu’il entende ça. Quand je l’ai connu en 77, je n’avais fait que deux ou trois albums, HexagoneLaissebéton et Ma gonzesse. Il avait l’air de les connaître et m’a fait les plus gentils compliments en me disant qu’il ne connaissait pas toutes mes chansons, mais qu’il les trouvait merveilleusement bien construites. C’est la phrase texto que je n’oublierai jamais. J’ai écrit des chansons à cause de lui ou grâce à lui, parce que je l’ai écouté, entendu toute mon enfance. Les premières chansons que j’ai écrites dans ma vie, à l’âge de 7 ou 8 ans, c’étaient mes chansons, mais comme je ne savais pas jouer d’un instrument à l’époque, je les chantais à mes amis ou à mes parents sur les airs des chansons de Georges Brassens. Si le vieux tonton Georges était sur mon épaule et qu’il lisait ce que je viens d’écrire, qu’est-ce qu’il en penserait ?

 

Propos recueillis par Matthias Debureaux

L’intégralité de l’entretien est à lire dans Schnock 25, Renaud : « Tatatssin ! »

En librairie le 6 décembre 2017

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