Dans le numéro 6 de la Revue Charles intitulé « Après la politique », le compagnon à la ville d’Aurélie Filippetti revient sur son limogeage du gouvernement par son propre cousin Dominique de Villepin, son passé à l’extrême droite ou sa nouvelle vie de dirigeant de club de football avec François Henri-Pinault. Extraits.

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Lorsque Dominique de Villepin, votre cousin, devient Premier ministre en 2005, il vous écarte du gouvernement. Vous l’avez mal vécu ?

J’avais un poste qui, hiérarchiquement, n’était pas élevé, mais qui était très stratégique, car je possédais des moyens financiers très importants. J’allais sur le terrain et j’étais bien reçu parce que j’apportais de l’argent : j’étais plus riche que n’importe quel autre ministre ! J’avais une bonne cote. Et en plus, Villepin, tout le monde savait que c’était mon cousin germain. Huit jours avant qu’il devienne Premier ministre, on était ensemble à Périgueux. Les gens dans le Périgord se disent : « Villepin Premier ministre, ben le cousin, il va monter. » Et quand je suis viré, ils ne comprennent pas. Cela donne l’impression que j’ai été maltraité par mon cousin.

C’est à ce moment-là que vous décidez de quitter la politique ?

Villepin ne percevait pas ce qu’était une dynamique politique pour un élu. Il avait cassé ma dynamique et à ce moment-là, j’avais une certitude : il fallait que j’arrête la politique. J’étais allé au bout de l’histoire. Je suis revenu un an et demi à l’Élysée en me disant : « J’accompagne le président jusqu’au bout de son mandat, puis il faut que j’aille dans le privé. »

Vous tournez ainsi la page de la politique que vous aviez ouverte, adolescent, en intégrant le GAJ : Groupe action jeunesse, un groupuscule d’extrême droite ?

Quand vous avez 15 ans, que vous arrivez à Paris, une immense ville, dans un grand lycée, vous pouvez vous sentir extrêmement seul. Comme tout ado, on se trouve plus fort en bande. Ça peut passer par le foot, la politique ou l’associatif… Les aventures collectives, ça m’a toujours plu. Et dans les années 70, les lycéens étaient très politisés. C’était douze ans après la guerre d’Algérie, cinq ans après mai 68, c’était la guerre froide, l’expansionnisme soviétique, la fin de l’époque coloniale… Le monde était totalement déstructuré. Quand vous êtes jeune, vous n’aimez pas l’argent, le capitalisme ne vous fait pas vibrer. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut être gauchiste. Le communisme, le soviétisme athée, ne me faisaient pas vibrer non plus. Au contraire. On avait attaqué les sièges d’Aeroflot et de la TWA pour bien montrer qu’on soutenait ni les soviétiques, ni l’impérialisme yankee.

Vous assumez cet épisode de votre vie ?

Je ne me dis pas que c’était bien ou mal. C’était la réalité. À l’extrême gauche, il y avait les maoïstes, les trotskistes, le PCI… plusieurs chapelles. Nous, c’était pareil. Quand on a 16 ans, on a un engagement. Aujourd’hui on dira : « Faut être sérieux, y a le chômage. » Nous, on voulait changer le monde, parce que le monde changeait. Ce qui m’a toujours étonné, c’est la manière de coller des étiquettes sur des gens comme nous. On a voulu nous faire passer pour la peste brune. Mais on a caricaturé des mouvements comme les nôtres alors qu’on décrivait de manière très positive les mouvements gauchistes, lesquels étaient pourtant d’une brutalité inouïe. J’ai complètement assumé le truc, après en avoir souffert au début des années 80. Aujourd’hui, il y a un côté un peu chic d’avoir été gauchiste et d’être devenu député socialiste. Et moi, j’aurais pas pu devenir député RPR ? Dans les années 70, je me suis toujours demandé comment on pouvait être jeunesse socialiste ou jeunesse gaulliste. À cet âge, vous avez envie de changer la vie des gens. Je ne jette la pierre à personne, mais qu’on ne vienne pas m’emmerder.

Votre nouvelle vie dans le foot commence lorsque vous rencontrez François-Henri Pinault. Comment avez-vous fait sa connaissance ?

J’ai rencontré Monsieur Pinault par le biais d’Anne Méaux, la patronne d’Image 7, une grande boîte de com’ institutionnelle. Une vieille amie, qui a un carnet d’adresses. Parce que quand on fait de la politique, on n’a pas le carnet d’adresses, on ne connaît pas obligatoirement les chefs d’entreprise, les acteurs économiques. Ce sont deux mondes coupés l’un de l’autre. Avec M. Pinault, on s’était déjà croisés dans les cercles chiraquiens, mais sans se saluer. À l’époque, il y avait un talk politique que je faisais régulièrement, qui était devenu un talk footballistique réunissant quatre mecs fans de foot mais qui étaient hors du milieu du football. Il y avait des journalistes politiques, des sondeurs, des personnalités comme Michel Moulin… M. Pinault m’avait vu commenter le foot, et il m’a dit, « Vous êtes proche de Chirac, vous aimez le foot, moi, je suis propriétaire d’un club. Le moment venu, est-ce que ça vous intéresserait d’être président ? »

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Propos recueillis par Mattis Meichler

L’intégralité de l’entretien est à lire dans Charles n°6, « Après la politique »

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