Chapitre 1

Des doigts courent sur un clavier ordinateur. Le signal sonore caractéristique de la réception d’un e-mail retentit. Les doigts s’arrêtent brusquement de jouer. Clic de souris.

MARIE (à voix basse) : – Tiens, c’est curieux !

Venue de l’autre bout de la pièce, une voix d’homme, aux consonances espagnoles.

VINCENTE : – Toi aussi, Marie, tu as reçu ce message du patron ?

MARIE : – Oui.

VINCENTE (lisant à voix haute) : – Exercice d’évacuation code 5. Vous êtes priés de vous rendre immédiatement au sous-sol du bâtiment, niveau -3. Présence obligatoire. D’avance, merci.

MARIE : – Code 5 ? C’est quoi ?

VINCENTE : – Niveau maximal. Alerte atomique ou attentat à la bombe.

MARIE : – Pourquoi on n’a pas été prévenus ?

VINCENTE (d’un ton sarcastique) : – En général, une alerte à la bombe ne se prévoit pas.

MARIE (vexée) : – Moque-toi de moi… Qu’est-ce qu’on fait ? J’ai un gros dossier à boucler ce soir, moi !

VINCENTE : – C’est rien qu’un exercice. On y va et on verra bien ! Plus vite ça sera terminé, plus vite on se remettra au boulot.

Raclement des pieds d’une chaise que l’on tire sur le sol et froissement de papiers. Une porte que l’on ouvre. Des voix dans un couloir. L’effervescence d’une heure de pointe dans un cabinet de courtage en produits financiers : sonneries de téléphones, fax, imprimantes etc.

MARIE : – On se rejoint à l’ascenseur, je dois passer aux toilettes.

VINCENTE : – Ok, à tout de suite.

Vincent se dirige vers un autre bureau.

VINCENTE : – Bonjour Ann.

ANN : – Toi aussi, Vincente, tu as reçu le message du grand chef ?

VINCENTE : – Marie également. C’est bizarre, cet exercice à 6 heures du soir, tu ne trouves pas ?

La porte grince.

ANN : – Ah, voilà Pierre et Alexandre !

PIERRE (voix grave, de bonne humeur) :– Alexandre fait la gueule parce qu’il était en train de conclure une affaire avec son client japonais.

ALEXANDRE (qui bougonne) : – J’ai essayé d’appeler Ricardo pour lui demander d’annuler l’exercice, mais il est injoignable et il n’est pas dans son bureau. Ça tombe vraiment mal !

VINCENTE : – Les ordres sont les ordres !

ALEXANDRE : – Comme si un avion d’Al Qaïda pouvait s’écraser ce soir sur nos bâtiments, en pleine banlieue parisienne ! C’est absurde !

ANN : – Nous ne sommes pas plus nombreux ?

VINCENTE : – Avec Marie, ça fait cinq. La voilà justement !

PIERRE : – L’ascenseur arrive.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrent, ils pénètrent dans la cabine.

ALEXANDRE : – Quel étage ?

VINCENTE : – Troisième sous-sol, je crois.

ALEXANDRE : – J’ignorais totalement qu’il en existait un dans ce bâtiment.

ANN : – Ça fait quatre ans que je travaille ici, et je n’avais pas remarqué non plus.

ALEXANDRE : – C’était peut-être ça les travaux le mois dernier, quand l’ascenseur a été bloqué pendant une semaine.

PIERRE : – Probablement de nouvelles installations.

ALEXANDRE (en pressant le bouton) : – C’est parti pour une visite guidée.

Rires. Au moment où les portes se referment, un cri, suivi de pas rapides. Les portes s’ouvrent à nouveau.

SAM (essoufflée, voix très aiguë) : – Attendez moi !

ANN (à voix basse) : – Manquait plus qu’elle.

PIERRE : – Sam, quel plaisir !

SAM : – Vous êtes là pour l’exercice, vous aussi ?

VINCENTE : – Nous sommes donc six.

Les portes se referment. L’ascenseur se met en route.