Rachid Kasri a été le chauffeur et le garde du corps de François Hollande lorsqu’il était premier secrétaire du Parti socialiste. Depuis son bureau de la rue de Solférino, celui qui est actuellement chargé de mission raconte son ancien patron, « François », qu’il connaît « par coeur » pour avoir sillonné la France en sa compagnie pendant plus de dix ans. Voici quelques extraits de son entretien avec Julien Chabrout.  

 

enscooteralarochellerachidetfrancois.jpgLes excès de vitesse

« Sur la voiture, on n’avait pas de gyrophare, on n’avait rien, mais on a largement dépassé les limites de vitesse. Comme il travaillait énormément, des fois, il profitait du trajet pour se reposer et inclinait le siège pour piquer un somme, comme tout le monde. Alors là, on pouvait accélérer… Je ne peux pas dire à combien on est montés parce que ça, il ne le sait pas ! Mais je peux vous dire que j’ai perdu les 12 points en 10 ans ! Un point pour une ceinture par-ci, d’autres pour excès de vitesse par-là… Mais c’est pas 12 points que j’aurais dû perdre, c’est le double. Une fois pendant la campagne, j’avais forcé un passage piéton et Hollande m’a dit en rigolant : « Tu vois, tu m’as fait perdre une électrice, elle m’a reconnu. » 

 

Les visites au Canard enchaîné

Je le connais par coeur. Je savais quand il avait besoin de quelque chose, je savais où il allait mettre les pieds, quand il allait se gratter, quand il avait envie d’aller aux toilettes, quand il avait soif, besoin d’un kleenex, d’un stylo… C’était un sacré boulot. Tous les jours, les trajets… Certains soirs, je finissais à une heure parce qu’il allait au théâtre, à l’opéra, en sorties privées. Et il fallait le ramener et être chez lui le lendemain matin à 6h30 avec les journaux. Pour François Hollande, je faisais tout, c’était instinctif. C’était normal d’aller chercher ses costumes au pressing, les journaux… D’ailleurs, les journaux c’était quelque chose. À une époque, j’allais directement le chercher au Canard enchaîné le mardi, il n’attendait pas la sortie en kiosque. Bien sûr, il alimentait Le Canard. On était proches de Didier Hassoux (Journaliste au Canard enchaîné depuis 2006 et en charge du suivi du Parti socialiste – NDLR). Le matin il disait bonjour et direct, il avait ses journaux, et le midi, il lui fallait absolument Le Monde. Il feuilletait souvent L’Equipe en premier mais ça dépendait de l’actu politique.

 

Les traîtres au gouvernement

Je me repasse les surnoms qu’on lui a donnés au fur et à mesure… Je me marre ! Les gens se moquent de lui, ne le prennent pas au sérieux, le sous-estiment. Je trouve que les gens ont vraiment été méchants, dans sa propre famille. Il y a eu des traîtres. On ne va pas dire les noms, mais le fait de devenir président et de les prendre dans son gouvernement, pour moi, c’est une forme de vengeance.

 

Un bon patron

À la télé, il se retenait mais c’est quelqu’un qui a beaucoup d’humour. En blagues, il t’en a tués… Il t’en envoyait par salves à certains du PS, bien comme il faut. Là-dessus, il ferait un carton aux “Grosses Têtes”, il les détrône tous. On a eu des grands moments de fou rire… Une fois, on est tombés en panne, un défaut du constructeur, la voiture sortait du garage et on a eu un problème avec le réservoir d’essence à Olivet, près d’Orléans. On a été dépannés et le garagiste nous a sortis de l’autoroute. Ça a duré plusieurs heures et on a sympathisé avec le garagiste, on est allés chez lui. J’en connais qui auraient pété les plombs mais lui… très zen. Il ne laisse rien transpirer. Moi, il ne m’a jamais crié dessus en dix ans. Chaque jour, j’étais hyper content et fier de bosser avec lui. C’était un bon patron.

 

Retrouvez l’intégralité de l’article dans Charles n°8, « Comprendre François Hollande ». 


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